Qui est Bunny, la chienne qui parle ?
Née en 2019, Bunny, alias @whataboutbunny sur TikTok et Instagram, est une sheepadoodle de Tacoma, dans l’État de Washington, dont les vidéos de boutons parlants sont devenues virales plus d’une fois. Vous l’avez peut-être vue exprimer son mécontentement à l’heure du bain, son amour des grattouilles et de nombreuses questions « existentielles ». Qu’est-ce qu’un chien ? Qu’est-ce qu’un humain ? Bunny aimerait bien le savoir, elle aussi !
Comment Bunny parvient-elle à communiquer ?
Bunny utilise un panneau de boutons sonores, un dispositif d’AIC (communication augmentative interespèces) qui lui permet d’activer des boutons qui « parlent » lorsqu’on appuie dessus. Bunny compte sur sa mémoire musculaire pour appuyer sur les bons boutons––un peu comme nous avons mémorisé les touches du clavier de notre ordinateur––afin de se faire comprendre.
Comment Bunny a-t-elle appris à parler ?
Alexis Devine, l’humaine de Bunny, a toujours été fascinée par la cognition et la communication canines. Inspirée par Christina Hunger, orthophoniste à l’origine du mouvement des chiens qui parlent, Alexis a elle aussi commencé à apprendre à Bunny à communiquer au moyen d’un panneau de boutons sonores programmables. Des dispositifs semblables de communication alternative et augmentative (CAA) servent aussi à aider les personnes ayant des troubles de la parole ou du langage.
Alors que Bunny n’avait que huit semaines, Alexis a commencé à modéliser le mot « dehors ». Chaque fois qu’elles sortaient, Alexis appuyait sur le bouton « dehors » et répétait le mot à voix haute pour Bunny. Bunny a fini par faire le lien : le bouton « dehors » donnait accès au grand air. La fréquence de la modélisation d’Alexis a aidé Bunny à maîtriser le bouton « dehors » et à comprendre son usage selon le contexte. En 2020, Bunny enchaînait déjà des phrases de plusieurs mots.
Plus tard cette année-là, Alexis a rencontré Leo Trottier, chercheur en sciences cognitives et fondateur de FluentPet, pour étudier un système de boutons amélioré. L’une des principales modifications a été le passage d’un panneau cartésien traditionnel à la forme innovante des HexTile. Les tuiles hexagonales et les boutons plus petits ont rendu le panneau plus accessible aux animaux de toutes tailles—il était désormais bien plus facile pour les chiens et chats de petite taille d’activer les boutons.
Le répertoire de Bunny comportait peut-être beaucoup de « jouer », de « dehors » et de « caca », mais la capacité à utiliser des boutons a nettement contribué à sa qualité de vie, y compris à sa santé. Dans cette vidéo virale, Bunny a demandé de l’aide à Alexis en appuyant sur les boutons « aïe », « étranger » et « patte ». S’ensuit un bref échange pendant qu’Alexis essaie de comprendre « Où aïe ? », jusqu’à ce que Bunny tende la patte et révèle l’épillet douloureux planté entre ses doigts.
Ce sont des moments comme celui-ci qui montrent la confiance entre Bunny et Alexis. Les boutons servent d’outil pour mieux se comprendre, et leur lien s’est considérablement renforcé à mesure qu’elles collaborent de nouvelles façons.
Vous trouverez ici un guide pour bien débuter avec les boutons parlants.
D’autres animaux comme Bunny ont-ils existé ?
Oui—dans les années 1970, des chercheurs étudiaient déjà comment des chimpanzés, des grands singes et des dauphins pouvaient sélectionner des boutons appris pour demander, commenter ou participer à des études cognitives.
L’un des cas de communication interespèces les plus connus concerne le bonobo Kanzi et sa sœur Panbanisha. Élevé par la scientifique et psychologue Sue Savage-Rumbaugh, Kanzi a appris à communiquer au moyen de claviers à lexigrammes.
Ces claviers à lexigrammes étaient des panneaux couverts de symboles représentant chacun un mot. Kanzi pointait ou désignait les symboles pour formuler des demandes ou des phrases simples, comme « poursuivre » ou « cacher » lorsqu’il voulait jouer. Avec le temps, Kanzi a pu formuler des demandes inédites et identifier le bon lexigramme après avoir entendu le mot correspondant. Cela vous rappelle quelque chose ? Si le panneau de Bunny est aujourd’hui plus simple à utiliser pour nous, les versions précédentes de systèmes semblables ressemblaient davantage à celui de Kanzi.
Bunny parle-t-elle vraiment ?
Que signifie « parler » ? Peut-on comparer la capacité de Bunny à communiquer à celle des humains ? Utilise-t-elle un langage ?
Par le passé, des béhavioristes célèbres comme B.F. Skinner affirmaient que les humains développaient la capacité d’utiliser le langage grâce au renforcement positif et à l’influence de l’environnement. Il soulignait la valeur du conditionnement opérant—autrement dit, la façon dont la récompense et la punition peuvent conduire à l’apprentissage de certains comportements. Tout comme un rat apprend qu’appuyer sur un levier lui vaut son repas, un parent qui félicite son enfant pour sa bonne grammaire contribuerait à l’acquisition du langage.
Le linguiste Noah Chomsky contestait toutefois la théorie de Skinner. Chomsky faisait remarquer qu’il est impossible d’apprendre toutes les variantes d’une phrase possible par la seule correction. Il soutenait que la capacité de langage ne pouvait pas provenir exclusivement d’influences extérieures, en citant l’exemple d’enfants du monde entier qui développent le langage de façon similaire malgré des environnements différents. Chomsky pensait plutôt que les humains et leur cerveau possédaient une capacité biologique innée à apprendre le langage. Cette théorie est connue sous le nom de grammaire universelle.
Aujourd’hui, nous savons que de nombreux facteurs biologiques, comportementaux et environnementaux complexes contribuent à notre usage du langage, notamment l’interaction, l’imitation et la génétique. Aujourd’hui encore, les chercheurs continuent d’étudier ce qu’est exactement une langue et comment nous l’apprenons. Il a même fallu attendre 1965 pour que la langue des signes américaine soit reconnue comme une véritable langue !
Savoir que notre compréhension de la communication entre humains (et animaux) évolue constamment nous aide à aborder ces questions avec ouverture d’esprit. Il se passe indéniablement quelque chose de fascinant, et ce n’est qu’en approfondissant le sujet que nous pourrons dresser un tableau plus clair de ce que cela signifie pour le domaine de la cognition animale.
À l’heure actuelle, Bunny participe à une vaste étude menée par le Comparative Cognition Lab de l’Université de Californie à San Diego. D’ailleurs, au moment même où vous lisez ces lignes, le panneau de Bunny est surveillé et enregistré afin que ses appuis sur les boutons puissent être examinés et analysés ultérieurement. Les chercheurs veulent déterminer si ces appuis sont intentionnels et si la modélisation influe sur les appuis des apprenants. En 2022, l’étude comptait plus de 3 000 participants actifs, et ce nombre continue de croître.
Envie de participer ? Les forums communautaires comme le forum de recherche How.TheyCanTalk sont un excellent moyen de rencontrer des personnes qui partagent votre passion pour la science de la cognition et de la communication canines.
En savoir plus sur Bunny : notre dernier entretien avec Alexis et Bunny.




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