J’ai été une pianiste plutôt sérieuse pendant la plus grande partie de ma jeunesse. Mais, à mon grand regret, j’ai aujourd’hui rarement l’occasion de jouer. Parmi tout ce qui me manque quand je m’assieds devant un clavier (un clavier qui n’est pas relié à un ordinateur), il y a les duos avec un chien. Quand j’étais adolescente, Beau, l’un des chiens de notre famille, adorait faire de la musique avec moi. Dès que je commençais à jouer, il se couchait sous le piano demi-queue. Beau était un excellent chanteur qui savait trouver la note juste. La plupart du temps, il se mettait à « chanter » sur tout ce que je jouais, que ce soit du Bach ou du Billy Joel. Je n’oublierai jamais son hurlement doux et plaintif quand je jouais son morceau « préféré », la mélancolique et romantique « Valse de Musette » de La Bohème de Puccini. À d’autres moments, il s’approchait d’un pas nonchalant et s’installait tranquillement près des pédales. Il semblait alors se contenter de sentir les notes vibrer à travers le plancher.
Pour les chiens, Mozart est soporifique
Nous savons pourquoi une personne peut choisir de mettre « We Are The Champions » de Queen à fond avant un grand match, puis préférer une berceuse au moment du coucher. Chez l’humain, faire et écouter de la musique reflète et influence notre humeur, nos émotions et notre état d’esprit. Ces dernières années, des chercheurs en sciences cognitives et des musicologues ont étudié la façon dont les humains traitent la musique. Ils ont aussi étudié la manière dont d’autres animaux réagissent à différents sons, styles et genres.
Il s’avère que les chiens et les chats ne jouent ni ne créent généralement de musique au sens traditionnel, même si quiconque a entendu une bande de chiens hurler en chœur pourrait le contester. Ils sont pourtant sensibles à différentes combinaisons de rythmes, de tons et de hauteurs, un peu comme nous (Alworth and Buerkle 2013).
Au fil des années, les chercheurs ont mis au jour plusieurs liens entre différents types de musique et le bien-être mental des animaux, ainsi que leurs états psychologiques et physiologiques. Une étude a porté sur des chiens en chenil. Les chercheurs ont constaté que la musique classique amenait les chiens à dormir davantage et à moins vocaliser, tandis que le heavy metal augmentait les signes de nervosité (Kogan, Schoenfeld-Tacher, and Simon 2012). Selon ces résultats, la musique classique pourrait avoir un effet apaisant sur les chiens en situation de stress. Une étude similaire a montré que la musique classique pourrait effectivement réduire le stress environnemental en modifiant la fréquence cardiaque des chiens (Bowman et al. 2015). Une autre a ajouté le soft rock et le reggae à la liste des genres associés à des comportements plus détendus (Bowman et al. 2017).
Miaousique pour les chats
Ces travaux et bien d’autres ont montré que la musique peut servir d’enrichissement environnemental (ou, à l’inverse, provoquer du stress ou des effets négatifs sur le comportement). Une étude menée auprès de chats domestiques a aussi souligné l’importance d’une « musique adaptée à l’espèce » pour que l’écoute soit bénéfique. Les chercheurs ont constaté que les morceaux ayant le plus d’effet sur les réactions des chats étaient composés dans la même gamme de fréquences que les sons utilisés naturellement par les chats pour communiquer entre eux. Leurs tempos étaient aussi similaires (Snowdon, Teie, and Savage 2015).
De la musique pour apprendre ?
Certains genres musicaux pourraient avoir des bienfaits apaisants. Mais les études sur le bien-être des animaux de laboratoire nous ont aussi appris que l’exposition à la musique peut influencer le développement du cerveau des animaux, et à terme leur façon d’apprendre. Selon ces recherches, exposer de jeunes ratons, ou des ratons en gestation, à de la musique classique et « agréable » améliorait leur détection des signaux auditifs et leurs capacités d’apprentissage spatial (Alworth and Buerkle 2013).
Forts de ces connaissances, d’autres chercheurs ont cherché à utiliser le son et la musique pour améliorer l’apprentissage des futurs chiens policiers (Alves et al. 2018). Quand je repense à ces moments au piano avec Beau, des travaux aussi fascinants me posent une question : pourrions-nous intégrer la musique à l’apprentissage quotidien de nos chiens et de nos chats, et si oui, comment ?
Références :
Bibliographie :
Courtney Sexton est chercheuse postdoctorale au Virginia-Maryland College of Veterinary Medicine. Elle est titulaire d’un doctorat en anthropologie évolutionniste et en comportement animal comparé de l’Université George Washington.




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