Communication

Hommage à Karen Pryor

Hommage à Karen Pryor

Avec un peu de chance, nous croiserons au fil des années au moins un ou deux mentors inspirants. Ces mentors seront les personnes présentes aux moments décisifs pour guider, soutenir et écouter, celles qui façonnent profondément notre vie – et sans doute celle de bien d’autres.

Je n’ai jamais eu personnellement l’occasion d’étudier avec
Karen Pryor avant son décès plus tôt cette année, mais je sais qu’elle a été ce type de mentor pour plusieurs de mes collègues, dont certains de mes formateurs les plus précieux. Je sais aussi que son approche pionnière et ses travaux novateurs sur les interactions entre humains et animaux laissent une empreinte bien au-delà des relations personnelles : son influence, et sa disparition, touchent tous les recoins des communautés du comportement animal, de l’éducation et du bien-être animal.

Promouvoir le renforcement positif

Aujourd’hui, chacun sait que les méthodes sans contrainte et fondées sur la récompense offrent des outils efficaces pour enseigner aux animaux de toutes sortes. Mais ce n’était pas le cas dans les années 1960, lorsque Karen Pryor a commencé, sans le savoir, sa carrière dans les interactions entre humains et animaux en dressant des dauphins à Hawaï. Pryor, dont le mari biologiste marin avait fondé le Sea Life Marine Park, s’est retrouvée à former les dresseurs de mammifères marins — en s’appuyant dans son enseignement sur des principes répandus en éthologie, comme le renforcement des comportements souhaités.

Si des comportementalistes avant elle, comme Skinner, Pavlov et Lorenz, avaient défini les notions de conditionnement classique et opérant en lien avec l’apprentissage, Pryor s’est concentrée précisément sur les aspects encourageants de ces méthodes, en offrant friandises et récompenses lorsque les marsouins faisaient ce qu’elle souhaitait voir. Continuant de s’intéresser aux recherches menées dans des domaines extérieurs au « dressage animal » traditionnel, comme la neurobiologie et la psychologie, Pryor a ensuite mis au point des approches d’apprentissage efficaces qui ne reposaient ni sur la peur, ni sur la domination, ni sur la contrainte de l’animal, dont le « clicker training ». En utilisant des signaux comme des sifflets, des gestes et des clics avant de donner une friandise ou un jouet, Pryor a appris à façonner le comportement des dauphins en leur indiquant qu’une récompense arrivait. Elle a publié ses observations sur la créativité des marsouins (K. W. Pryor, Haag, and O’reilly 1969), et s’est fait connaître parmi les comportementalistes pour ses propres méthodes créatives.

« Don’t Shoot the Dog » et la Karen Pryor Academy

En 1985, Pryor a publié son ouvrage de référence, « Don’t Shoot the Dog: The New Art of Teaching and Training ». Dans ce livre, toujours très apprécié des personnes qui travaillent avec des apprenants animaux de toutes sortes, Pryor décrit les principes de sa méthode de clicker training, avec des conseils pour se défaire d’habitudes indésirables (comme les aboiements ou les griffures sur les meubles), pour aider les animaux à devenir acteurs de leur propre apprentissage, et même pour gérer (affectueusement) le comportement des autres humains qui nous entourent (K. Pryor 1985) !

Après la publication de son livre, Pryor a commencé à animer des séminaires de clicker training, qui ont vite gagné en popularité grâce à leur approche scientifique accessible et à leur application à toutes les espèces. Pryor a aussi enseigné et donné des conférences dans divers établissements universitaires, mais sa plus grande contribution au domaine du comportement et de l’apprentissage animal a peut-être commencé en 2000, lorsqu’elle a cofondé la Karen Pryor Academy. Grâce à l’académie, Pryor a pu rendre une éducation bienveillante accessible à des personnes du monde entier, ce qui a profondément fait évoluer l’usage et la popularité des méthodes de renforcement positif, dont elle avait contribué à prouver l’efficacité.

Un héritage durable

Karen Pryor est décédée en février 2025 à l’âge de 92 ans. Mais son héritage reste bien vivant partout dans le monde : on l’entend dans les clics et les mots d’encouragement, on le voit dans les queues qui remuent de joie, et on le ressent dans les liens que les gens continuent de tisser avec les animaux qu’ils aiment.

Références :

Pryor, Karen. 1985. Don’t Shoot the Dog!: The New Art of Teaching and Training by Pryor, Karen (1985) Paperback – January 1, 1985. Later Printing edition. BANTAM PAPERBACK.

Pryor, K. W., R. Haag, and J. O’reilly. 1969. “The Creative Porpoise: Training for Novel Behavior.” Journal of the Experimental Analysis of Behavior 12 (4): 653–61.

Courtney Sexton est chercheuse postdoctorale au Virginia-Maryland College of Veterinary Medicine et titulaire d’un doctorat en anthropologie évolutive et en comportement animal comparé de l’Université George Washington.

Rejoignez la conversation sur community.fluent.pet !

En lire plus

L’IA et la détection de la douleur
Du border collie aux chats aveugles : le parcours multiespèce de Morgan Krug avec les boutons

Laisser un commentaire

Ce site est protégé par hCaptcha, et la Politique de confidentialité et les Conditions de service de hCaptcha s’appliquent.